Mardi 12 avril 2011
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Ce simple mot transcrit plutôt bien la sensation majeure qui est demeurée en moi quand j'ai lu Geisha de Arthur Golden. Ce livre a été un vrai plaisir et a ravivé en moi ce sentiment de curiosité
permanente qu'on devrait tous avoir : comment fait-on ceci, cela ? Comment c'était là bas, à cette époque etc... C'est cette attitude qui nous ouvre aux autres et nous donne l'occasion d'aller
vers eux, d'apprendre d'eux.
Ce livre est écrit sous une forme originale, celle des mémoires. Mémoires de qui ? D'une jeune japonaise, Sayuri, qui va devenir geisha. Mais ça c'est un roman. De quoi est fait Sayuri ? L'auteur
nous explique sa rencontre avec une femme, ancienne geisha, sa découverte d'autres femmes. Sayuri est un mélange d'histoires de plusieurs femmes recontrées par l'auteur. Au final, ce dernier a
créé un personnage fictif évoluant dans un milieu qui a réellement existé. L'histoire de ce personnage est proche de la réalité sans avoir jamais existé. En cela, on peut comparer ce livre avec
d'autres de la catégorie des "romans historiques". A travers son personnages, l'auteur nous montre comment vivait ces femmes, leurs histoires, les difficultés pour en arriver là où elles en sont.
C'est là, la première découverte, celle d'un pays lointain : le Japon, à une époque où on s'y intéressait pas tant que ça : avant la seconde guerre mondiale. On découvre comment ils se
familiarisaient avec l'electricité qui commençait à arriver dans les grandes villes, tout comme les voitures et la vie précaire ailleurs notamment en campagne et sur les côtes. On commence le
livre dans un village de pêcheurs et on le termine à New-York, je vous laisse imaginer le parcours tumultueux de notre héroïne !
En utilisant le système des Mémoires pour écrire son roman, l'auteur a pu retranscrire toutes les informations accumulées sur le mode de vie des japonais à cette époque. Ainsi Sayuri se souvient
de son village de pêcheur, de son père, âgé et ridé comme un tronc d'arbre, de sa mère, qui tomba gravement malade. C'est à ce moment que son père prend la difficile décision de vendre ses deux
filles (Sayuri a une soeur aîné). Sauf qu'elles ne finiront pas au même endroit... Sayuri possède de magnifiques yeux bleu-gris qui l'amèneront dans une maison de plaisir de Kyoto. A ne pas
confondre avec les maisons closes de chez nous. Une maison de plaisir, ou okiya, est une maison dans laquelle vit une ou plusieurs geishas. En aucun cas c'est un lieu où elles donnent des
rendez-vous galants... Car les geishas se déplacent et sont avant tout des femmes de compagnies. C'est ce que va découvrir Sayuri dans son okiya aux côtés d'Hatsumomo, cruelle geisha qui va lui
en faire voir de toutes les couleurs. Elle va nous décrire les rituels des geishas et leur vie. Alors que son avenir en tant que geisha est compromis à cause d'une bêtise de sa part, elle sera
tirée de là par une autre geisha, ennemie d'Hatsumomo, Mameha. Elle va être initiée aux arts, car les geishas sont des artistes : elles jouent des instruments, notamment le shamisen, elles
apprennent la danse, le chant, le rituel du thé. Elles apprennent à se vêtir, à aller se faire coiffer, elles sont guidées par leur grande soeur qui va les emmener partout et les initier à tout
cet art. Leur but est de trouver un ange gardien, un homme aisé, ayant les moyens d'entretenir une geisha en lui offrant ce dont elle a besoin pour vivre : kimonos, coiffeurs, maquillage... En
échange la geisha offre à cet homme ce qu'elle n'offre pas aux autres : son corps. A la différence des prostituées, les geishas peuvent gagner de l'argent sans pratiquer aucun acte sexuel. Et
elles peuvent s'offrir à d'autres hommes sans contrepartie financière. Le plus souvent, elles sont appelées à venir dans une fête pour égayer celle-ci, occuper les invités, servir les boissons,
exercer leur art favori...
On découvre donc une activité avec ses codes, ses lois : les geishas sont toutes enregistrées, elles vont dans une école reconnue...
On découvre également un quartier : Gion, toujours célèbre pour ses geishas, les dernières étant toujours présentes là bas. Elle y décrit les odeurs, la manière de vivre des habitants, les
différentes personnes qu'elle va croiser. On commence à se sentir chez soi dans cet endroit vu à travers les yeux d'une enfant puis d'une femme.
Néanmoins, il ne faut pas croire que tout soit rose. Comme Sayuri le dit si bien, être geisha c'est mieux que d'être servante ou prostituée mais ce n'est pas la panacée non plus. Entre les
rivalités, les coups bas, sa virginité mise aux enchères, les trois avortements de Mameha, l'amour pour un homme qu'elle ne peut divulguer, c'est un monde dur, cru et réaliste qui nous est décrit
où le seul but est de percer et de survivre de meilleure manière que les autres. Sayuri doit payer ses dettes : on apprend qu'une geisha doit rembourser le prix qu'elle a coûté à l'okiya et
l'ensemble de sa formation ainsi que tous les frais qu'elle a pu engendré (médicaux notamment) et se faire un nom pour s'en sortir.
La seconde guerre mondiale est déclenchée, on voit un peuple meurtri qui survit tant bien que mal. Gion fera de la résistance avant d'être lui aussi frappé de plein fouet par la guerre. Les
geishas s'exilent, certaines sont contraintes d'aller travailler dans des usines régulièrement bombardées...L'après-guerre n'est guère mieux, Gion rouvre, les geishas reviennent, du moins les
survivantes, parfois dans des états physiques qui les empêcheront de reprendre leur travail. Mais la vie va revenir, moins pétillante qu'avant, moins dansante et plus américaine...
Sans vous dire comment tout cela fini, je peux au moins vous rassurer : ça finit bien.
=> Un tout petit résumé pour vous épargner la lecture de toute ma critique pour les personnes souhaitant passer plus rapidement sur l'article tout en
sachant de quoi parle le livre ! Sayuri a 9 ans quand elle est vendue à une okiya de Kyoto située dans le quartier de Gion, le quartier des geishas. Fascinée par ses dernières, haïe par celle qui
vit dans son okiya, Sayuri va traverser de nombreuses épreuves pour parvenir à devenir une geisha, une des plus réputées du quartier. Ses yeux magnifiques ne suffiront pas toujours mais
l'aideront sans nul doute dans son ascension. Aprèsa voir connue la rivalité, l'amitié, elle va découvrir l'amour et le monde...